L’édition numérique à destination des enfants de 0 à 12 ans

Le jeudi 2 octobre se déroulait en Seine Saint-Denis une journée d’étude pour les professionnels du livre, de la petite enfance, du jeu, des loisirs et du cinéma jeudi public. Celle-ci avait pour thème « L’édition numérique à destination des enfants de 0 à 12 ans. Revenons sur les principaux points abordés lors de cette journée axée sous trois angles, ceux de la création, de la psychologie et de la médiation.

Panorama critique de la chaîne de l’édition numérique

Tout d’abord, Anne Clerc, formatrice autour des questions numériques, s’est lancée dans un panorama de l’offre numérique. Ainsi, elle a mis en évidence de nouveaux acteurs tels que Arte creative, France TV – nouvelles écritures, Amanita design et les Apprimeurs. Elle a ensuite commenté une étude réalisée par le MOTIF, Pratiques d’éditeurs : 50 nuances de numérique réalisée en mars 2014. Deux enjeux se posent : celle de la dimension ludique et celle de l’individualité de la tablette. Partant de ces deux postulats, comment imaginer l’exploitation de la tablette en bibliothèque ? La question subsiste… Elle donne néanmoins des outils aux bibliothécaires quant à la veille (Declickids, Souris Grise, Gaité Lyrique, Bibapps, Popapp, Télérama enfants) et à la politique d’acquisition des applications.

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Ensuite, Térence Mosca, conseiller en développement de contenus digitaux et en marketing, a évoqué Totam-Box, une plateforme de distribution de contenus numériques sous différents formats. Il met également en exergue l’offre inégale. Si les romans sont traditionnels, les illustrés sont trop peu nombreux et les applications se développent à foison mais restent difficiles à trouver.

Enfin, Stéphane Khiel a présenté l’offre des éditions e-toiles dont il est le co-fondateur. Clément Aumenier, responsable du développement au Centre de Promotion du Livre de Jeunesse, a quant à lui abordé la question de la qualité de l’offre et nous a présenté la bourse mise en place par son institution. Celle-ci est attribuée pour une création originale développée sous iOS ainsi que sur Androïd.

Les usages et les balises « 3-6-9-12 »

Ce deuxième axe a été présenté par un spécialiste dans la matière : Serge Tisseron. Au lieu d’opposer livre et tablette, il compare la culture du livre à celle de l’écran. Car une application peut très bien s’inclure dans la culture du livre et inversement… En outre, les créations métissées se développent.

La culture du livre est une culture de l’unique. Le livre – et le livre jeunesse d’autant plus puisque son pouvoir d’identification est plus marqué – parle à son lecteur. Celui-ci en fait une lecture personnelle sans penser à la lecture qu’en font d’autres personnes. Dans la culture du livre, les choses doivent être achevées. C’est une culture de la perfection.  Grâce à cette unicité, l’enfant développe seul son imagination et ses capacités de création. Il apprend également à se concentrer sur une tâche et à l’achever. L’ « immersivité » induite par le livre l’entraîne à se couper du monde extérieur pour exercer son attention. Par extension, on peut supposer que le livre aide l’enfant à se créer une bulle, un cocon protecteur qui pourra l’aider en cas de difficultés.

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La culture des écrans est une culture multiple. Les créations sont collectives – rares sont les applications numériques qui précisent les auteurs – et, même si on est tout seul devant son écran, d’autres regardent la même chose en même temps, ce qui nous relie à ces personnes. Et ce lien nous invite à partager via des blogs, des forums, des sites de fans, ou simplement en discutant avec nos amis. C’est pourquoi la culture des écrans contribue à une vie sociale équilibrée. La multiplicité de cette culture favorise la capacité à travailler en groupe, notamment pour la création. Dans la culture des écrans, les tâches sont provisoires et éphémères. On fait plusieurs choses à la fois et on ne les fait pas très bien. Mais ce n’est pas grave puisqu’elles ont de grandes chances d’être bientôt obsolètes étant donné qu’il s’agit plutôt d’un travail rapide destiné à répondre à une demande ponctuelle.

Enfin, il s’interroge sur l’introduction des écrans auprès des enfants et propose un outil que vous trouverez ci-dessous. Pour lui, adapter l’école au numérique, c’est avant tout introduire une nouvelle façon de penser et d’apprendre, plus socialisante.

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Ressources numériques : médiation, animation et communication

La journée s’achève avec les initiatives du domaine de la médiation. Le premier projet est présenté par Lucie Haguet de la bibliothèque de Rouen. L’année dernière, ils ont décidé de créer une application « patrimoniale et impertinente ». Ainsi, c’est La comtesse de Cagliostro qui a été adaptée en numérique. L’aspect patrimonial est respecté par la forme de l’application. En effet, étant un roman-feuilleton, un chapitre se débloque chaque jour. Mais elle est également impertinente puisqu’elle propose des cartes d’identité humoristiques des personnages de l’histoire.

Ensuite, sont abordées les initiatives du salon de Montreuil qui propose une Joke-Box ados ainsi qu’une tablette XXL et celle des bibliothèques d’Aulnay qui s’interroge sur le métier d’applithécaire.

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Une affaire à suivre

Le domaine numérique dédié à la jeunesse est donc bel et bien en chantier. Les réflexions continuent et les projets s’étoffent autant du côté de la création que de la médiation ou encore de la sociologie. En effet, les études se multiplient et permettent de mieux cibler les besoins. Cependant, il reste certaines frilosités dans tous ces secteurs… Les auteurs n’osent pas se lancer par manque de connaissances ou par peur du risque (comment faire ? le livre trouvera-t-il ses lecteurs ?) et ceux qui le font ne s’éloignent généralement que très peu de la culture du livre décrite par Serge Tisseron. Si le support est numérique, le mode de pensée reste souvent celui du livre… Heureusement, certains éditeurs pure players émergents viennent contredire ce constat. Du côté de la médiation, les conclusions sont les mêmes. La plupart des animations ne profitent pas de tout le potentiel du numérique et se limitent à une heure du conte numérique, à l’image des heures du conte largement pratiquées.

Espérons que dans quelques années, le développement s’amplifie et que le numérique dévoile toutes ses potentialités au grand public au profit de littératures contemporaines interactives et ludiques pour tous les âges et tous les genres.

Bibliographie complémentaire

Bach, Jean-François, Houdé, Olivier, Lena, Pierre et Tisseron, Serge. L’enfant et les écrans : un avis de l’académie des sciences. Paris : Le Pommier, 2013. 267 p. (Education). Disponible sur le Web : < http://www.academie-sciences.fr/activite/rapport/avis0113.pdf&gt;

Depaire, Colombine. « L’offre numérique et les bibliothèques pour la jeunesse ». In CNLJ. La revue des livres pour enfants. Juin 2012, n° 265

MOTiF et Labo de l’édition. Pratiques d’éditeurs : 50 nuances de numérique. Mars 2014 [31 mai 2014]. Disponible sur le Web : <http://lemotif.fr/fichier/motif_fichier/541/fichier_fichier_etude.50.nuances.de.numerique.pdf&gt;

Tisseron, Serge. Du livre et des écrans : plaidoyer pour une indispensable complémentarité. Paris : éd. Manucius, 2013. 50 p. (Modélisations des imaginaires). ISBN 978-284578152-8

J’aimerais faire un lien avec l ‘Etat des lieux que j’ai réalisé dans le cadre de mon stage à la bibliothèque départementale du Val d’Oise. Celui-ci fait le point sur les initiatives numériques du département. Suite à ces constats, j’ai décidé d’effectuer un stage au sein de la médiathèque d’Enghien-les-Bains afin de développer la médiation autour des tablettes. Ainsi, un catalogue d’applications et des animations sont actuellement en cours d’élaboration.

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