Les bibliothèques jeunesse innovantes

Cet article fait la synthèse de mes rencontres successives avec Soizik Jouin, Nathalie Beau et Viviane Ezratty dans le cadre du master en Littérature de jeunesse.

Nous sommes tous conscients de l’extraordinaire évolution que subit aujourd’hui le livre. Mais, ce qui est moins évident pour les néophytes, ce sont les formidables bouleversements initiés par les bibliothécaires pour suivre ces changements !

D’abord considérée comme une réserve de savoirs, la bibliothèque permettait de consulter sous surveillance des livres enchaînés à des pupitres. Peu à peu, ce lieu est devenu de plus en plus agréable. En 1924, l’Heure Joyeuse permettait aux enfants d’accéder directement aux livres. De lieu de stockage, elle est passée à lieu de consultation puis de divertissement (grâce aux animations). Ces changements d’idéologies ont bien entendu engendré une évolution du métier et des outils. Il faut maintenant être gestionnaire, informaticien, animateur, formateur… Le bibliothécaire, plus qu’une personne très érudite – avec la multiplication des savoirs, il est maintenant impossible de s’y connaître en tout – est un chercheur d’informations. Le bibliothécaire est quelqu’un de polyvalent qui ne cesse de se mettre à jour.

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Cerritos, Californie

Aujourd’hui, deux tendances se combinent dans les bibliothèques. Tout d’abord, le concept de troisième lieu est apparu. La bibliothèque est un lieu où l’on se sent bien, un lieu de culture et de rencontres. Le premier exemple donné par Soizik Jouin est le concept d’Idea Store – ces bibliothèques en libre-service combinées à d’autres services culturels. En Belgique, nous trouvons les fameux Cook & Book. En jeunesse, la section devient de plus en plus conviviale et décorée. On y trouve du mobilier adapté qui pousse à aller vers les livres comme la piscine à livres de la bibliothèque Chaptal. Le livre a perdu un peu de son caractère sacré. Mais ces initiatives sont mal connues du grand public qui continue à considérer la bibliothèque comme un lieu réservé à une élite !

Cook & Book

Cook & Book, Bruxelles

Cook & Book2

Cook & Book, Bruxelles

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ensuite, c’est la multiplicité des supports d’information. On ne parle d’ailleurs plus de bibliothèque mais de médiathèque. On y trouve des livres, de la musique, des films, des jeux vidéo… J’ai d’ailleurs été surprise par la bibliothèque de l’Horloge (Cergy) qui a permis aux visiteurs de jouer lors de l’inauguration ! D’autres bibliothèques, plus originales, prêtent des instruments de musique (la Bibliothèque d’Etude et d’Information de Cergy) ou des moules à gâteaux (Kansas). En outre, comme dans les autres métiers du livre, le bibliothécaire est confronté à la question du livre numérique. De plus en plus de bibliothèques possèdent des tablettes mais le prêt n’est pas aisé. Chacun a sa solution qui tient compte des réglementations en vigueur. Enfin, il existe des bibliothèques sans livres (BiblioTech), ce qui prouve bien la mouvance actuelle. Le bibliothécaire est là pour répondre à des questions (BiblioSésame), plus nécessairement pour procurer un livre.

Nous avons déjà vu que les bibliothèques jeunesse innovaient sur le mobilier et le design. Mais parallèlement, une réflexion se développe quant aux méthodes de classement : la marguerite de Dewey, les 100 cases du savoir, la classification belge ZIZO (Zonder Inspanning Zoeken = chercher sans effort)… En tout cas, on s’éloigne des traditionnelles CDU (Classification Décimale Universelle) et Dewey et on se demande si la section jeunesse doit être classée de la même manière que la section adulte. On trouve de plus en plus de classifications faites maison et donc plus adaptées au public, notamment jeunesse.

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Classification ZIZO

 

En outre, un nouveau public se démarque : les adolescents. Il est en effet difficile pour eux de se situer : trouveront-ils leur bonheur chez les enfants ou chez les adultes ? Pour contrer cela, de nombreuses bibliothèques créent des fonds passerelles leur étant destinés.

Nous pouvons conclure que les bibliothécaires aiment innover. Et cela est une partie importante de leur métier car, sans cela, les bibliothèques deviendraient vite obsolètes et inadaptées à leur public. De telles initiatives sont encouragées et valorisées par le monde bibliothéconomique. En effet, le groupe Facebook Improbables bibliothèques, improbables librairies connaît un franc succès. De plus, un prix est apparu pour récompenser ces originalités : le grand prix Livre Hebdo des bibliothèques.

Toutes ces évolutions sont pour moi positives. Cependant, je terminerai avec une interrogation : qu’en est-il de la fonction patrimoniale des bibliothèques ? En effet, lorsque j’ai voulu emprunter Les aventures de Jean-Paul Choppart de Louis Desnoyers, je ne l’ai trouvé que dans la réserve de la bibliothèque de l’Astrolabe. La contemporanéité et l’ancrage sociétal des bibliothèques peut donc inciter les jeunes à les fréquenter davantage, mais prenons garde à ne pas délaisser la fonction de conservation et de valorisation du patrimoine qui, bien que moins présente, a toujours son importance.

D’autres innovations dans vos bibliothèques ou dans celles que vous avez visitées ? N’hésitez pas à partager vos expériences !

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